Son Excellence Le Président Idriss Déby Itno N’Djamena, Tchad
4 mars 2008
Votre Excellence,
Nous vous écrivons au nom de l’Association Mondiale des Journaux (AMJ) et du World Editors Forum (WEF), qui représentent 18 000 publications dans 102 pays, afin d’exprimer notre profonde inquiétude au sujet de l’adoption par décret d’une nouvelle loi sévère sur la presse qui allonge les peines de prison pour les délits de presse, et rend le lancement d’un journal encore plus difficile.
Selon les comptes-rendus, le gouvernement a adopté le 20 février une loi sur la presse qui fait passer la peine maximale pour publication d’“information mensongère” et diffamation à trois ans de prison, tandis que la peine maximale pour « insulte au président » est portée à 5 ans. Quiconque veut lancer un journal doit dorénavant paraître devant le bureau du procureur et le Haut Conseil de la Communication, et les éditeurs et rédacteurs doivent être diplômés d’une école de journalisme.
La loi a été introduite dans le contexte actuel d’état d’urgence et adoptée par décret, évitant ainsi tout débat.
Depuis, deux communiqués publiés les 18 et 21 février par le Haut Conseil de la Communication et le gouvernement ont interdit aux médias de couvrir « toute activité de l’opposition armée », ainsi que « toute information menaçant la cohésion nationale et incitant au désordre ».
Nous nous permettons de vous rappeler, avec tout le respect que nous vous devons, que la nouvelle loi sur la presse et l’interdiction de couvrir les activités de l’opposition constituent une atteinte indéniable au droit à la liberté d’expression, garanti par de nombreuses conventions internationales, dont la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Par ailleurs, l’emprisonnement de journalistes dû à l’exercice de leur profession contredit les principes de la Déclaration de la Montagne de la Table, adoptée par nos organisations lors du 60ème Congrès Mondial des Journaux et du 14ème World Editors Forum au Cap, en Afrique du Sud, en juin 2007, qui appelle à l’abolition, en Afrique, des lois portant sur les « insultes » et les diffamations criminelles.
Nous vous appelons respectueusement à user de toute votre influence pour que la nouvelle loi sur la presse soit abrogée et que la diffamation soit dépénalisée. Nous vous invitons également à prendre toutes les mesures nécessaires pour qu’à l’avenir votre pays respecte pleinement les standards internationaux de la liberté d’expression.
Dans l’attente de votre réponse dans les meilleurs délais, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération,
Gavin O’Reilly Président Association Mondiale des Journaux
George Brock Président World Editors Forum
cc Monsieur le Premier Ministre Nouradine Delwa Kassiré Coumakoye.
L’AMJ est l’organisation mondiale de l’industrie de la presse, avec un statut représentatif officiel aux Nations Unies, à l’UNESCO et au Conseil de l’Europe. L’Organisation regroupe 18 000 journaux dans 102 pays, 12 agences de presse et 11 groupes de presse régionaux et internationaux. L’AMJ est une organisation non gouvernementale et à but non lucratif. |